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La cinquantaine rugissante #10 Rugir


Depuis le début de cette « satanée préménopause », je me demande quand est-ce que je vais enfin ressentir les aspects positifs prédits par la Dre B., quand j’avais évoqué mon appréhension à l’approche de cette étape, il y a bientôt quinze ans.


« Vous verrez, c’est une période magnifique ! On retrouve notre liberté, les enfants quittent le nid, on a plus d’énergie pour développer des nouveaux projets et on atteint notre pleine puissance !»


Je revois comme si c’était hier son sourire radieux, celui d’une femme en train de vivre sa meilleure vie.


Je restais toutefois un peu sceptique.


N’ayant ni enfant ni mari, je n’étais pas en manque de liberté et je passais déjà mon temps à développer mille projets. Le dernier point avait tout de même piqué ma curiosité. Derrière la pleine puissance elle m’avait fait miroiter une confiance en soi boostée, le détachement du regard des autres, une communication affirmée … Des compétences sur lesquelles je travaillais depuis des années, sans résultat transcendant.


-       Parce que j’ai ce truc encombrant de chercher l’approbation dans le regard des autres,

-       parce qu’ayant plus de doutes que de certitudes, j’ai tendance à penser qu’ils savent mieux que moi (ou du moins, que c’est pas impossible que ce soit moi qui me trompe),  

-       parce que je déteste les conflits et qu’au moindre signe d’hostilité je lâche l’os. Je maîtrise plutôt bien l’art de l’évitement.


La plupart du temps, ça ne m’empêche pas de dormir, même si je rêverais d’avoir un caractère plus trempé. Mais il y a des situations où ce manque de gnaque est super frustrant. Des situations où colère, peur et sentiment d’impuissance embrouillent mes pensées et me laissent sans voix, à court d’argument, pétrifiée.


Et à chaque fois je me pose cette question :


« Quand est-ce que je vais enfin commencer à ressentir cette pleine puissance annoncée par la Dre B. ? ».


Et bien, tenez-vous bien : ce jour de gloire est arrivé !


Ça s’est passé la semaine dernière, chez mon médecin actuel, que j’appellerai Dr H. (comme House) pour préserver son anonymat.


Pour vous donner le contexte : environ un rendez-vous sur trois, le Dr H. se montre sympathique, expéditif mais à l’écoute, doté d’humour, de très bon conseil. Il y a 5 ans, il m’a diagnostiqué la maladie cœliaque. Une nouvelle qui m’a mise à terre (2 semaines avant mes 50 ans, merci le cadeau) mais qui s’est avérée plutôt positive puisqu’elle a permis de remettre de l’ordre dans mon organisme totalement déréglé. Grâce à ses conseils, j’ai perdu les 10 kilos que j’avais pris en quelques mois, les inflammations ont fortement baissé, ma tyroïde a repris un rythme de croisière et la résistance à l’insuline a aussi bien régressé.


Jusqu’à la semaine dernière, la gratitude compensait la frustration d’être traitée deux rendez-vous sur trois comme une grosse bécasse et de ne pas oser riposter. Lorsque le Dr H. bondissait de sa chaise tel un diable hors de sa boîte pour agiter sous mon nez des résultats d’analyse catastrophiques sur un ton accusateur (le parcours de ces cinq années n’a pas été linéaire), je me ratatinais sur ma chaise en bafouillant des justifications inutiles, telle une bonne élève prise en faute, une faute dont elle ne comprenait pas l’origine (d’où la sensation bécassine).


Mais la semaine dernière, pour la première fois de ma vie, j’ai eu de la répartie.


Et pas deux jours plus tard, comme d’habitude. Du tac au tac. C’était tellement surprenant qu’une fraction de seconde je me suis demandé :


« Mais qui est en train de prendre ma défense ? »


C’était loin d’être sur le ton posé et assertif que je rêve d’avoir un jour. Très loin du rugissement d’une lionne. Plus proche du glapissement d’un chiwawa.


Dr H. : Non mais vous foutez quoi ?! Regardez ces résultats : vous faites à nouveau de la résistance à l’insuline !!


Moi : Heu, oui, ça ne me surprend pas vraiment. C’est pour ça que je reviens chez vous, vous savez, pour ce poids qui n’arrête pas de grimper à nouveau de façon ingérable, malgré le régime strict sans gluten.


Dr H. : Ah ben bien sûr ! Il faut arrêter de manger du sucre ! Et bouger plus ! Vous faites quoi comme sport ?!


N. B. je vous épargne les détails, je lui répète à chaque rendez-vous ce que je fais comme sport et ce que je mange et ne mange plus depuis 5 ans, dont les sucres raffinés, les féculents, etc.


Moi : Je ne dis pas que je fais tout juste, mais je n’ai rien changé ces six derniers mois et je sens que ça ne métabolise plus pareil, il y a quelque chose qui coince, qui freine (sur le vocabulaire, je reconnais que je pourrais être plus précise). La résistance à l’insuline ne pourrait pas avoir un lien avec la préménopause ? La naturopathe m’a d…


Dr H. : Ah mais j’en ai marre de ces naturopathes !!!


Ensuite, je ne me souviens plus des détails. J’étais en mode ratatinage-sur-chaise à attendre que l’orage passe. Dans les grandes lignes, il me dit que la préménopause c’est des excuses que je me cherche plutôt que d’assumer que je ne suis qu’une feignasse doublée d’une goinfre (oui, je paraphrase, il ne dit jamais des mots aussi méchants à voix haute). Il m’explique en soupirant bruyamment que les dérèglements hormonaux de la ménopause n’ont rien à voir et me martèle que pour perdre du poids je n’ai qu’à faire plus de sport et manger moins.


« Bouger plus et manger moins », une approche que certaines sources reconnaissent n’être plus suffisante en préménopause, notamment le Dr. Mouly, dont je parle dans la chronique #5 Satanée (pré-)ménopause, référence qui, soit dit en passant, m’avait été recommandée par le Dr H. lui-même. Je tente d’avancer prudemment cet argument et me fais rembarrer illico.


C’est là que je sens qu’un truc que je ne contrôle plus se passe quelque part à l’intérieur de mon corps.


Moi : Et bien moi aussi j’en ai marre ! ça fait des années que je m’épuise à suivre à la lettre vos conseils et ce n’est jamais assez ! J’en ai ras le bol de me faire toujours maltraiter, juger et en plus de ne jamais être crue. Je ne dis pas que je fais tout juste mais je fais mon maximum (je martèle bien aussi). J’ai besoin de conseils, pas d’être toujours jugée !


Des « toujours » et des « jamais » à tous bouts de phrases, le ton plaintif de Caliméro, rien de très rugissant. Mais c’est sorti !


Dr H. : Si vous n’êtes pas contente vous n’avez qu’à aller voir ailleurs !


Alors qu’en temps normal, je me serais recroquevillée de plus belle sur ma chaise, je m’entends dire :


Moi : Et bien si vous n’êtes pas capable de m’aider je vais effectivement aller voir ailleurs ! Vous êtes insupportable.


Le ton n’est pas beaucoup plus assuré, mais je commence à ressentir, entre un mouchage de nez et un essuyage de mascara, une lente mais ultra satisfaisante sensation de reprise de pouvoir. Je me sens ridicule et moche, mais je n’ai aucune honte de pleurer. Il relève mon instabilité émotionnelle et me suggère des anti-dépresseurs. Rien à foutre !


Je ne me reconnais pas.


Je vous épargne la fin de la discussion, un peu plus cordiale mais pas plus constructive. Je repars, en me mouchant, en laissant tomber mon sac (no comment) avec une petite tape amicale sur l’épaule « On se revoit dans 6 mois ! Enfin si vous avez toujours envie de me voir ! » et des recommandations sportives qui décourageraient même Madonna.


J’essaie à grand peine de contenir le tsunami qui gronde en moi jusqu’à la maison, où j’ouvre les vannes d’une décompensation nerveuse d’une rare intensité, terriblement libératrice. La tempête passée, je me sens épuisée mais méga satisfaite de la métamorphose.


Je commence à entrevoir le potentiel de cette étape de vie dont la Dre B. avait parlé.


Comme il n’y a pas de hasard, au moment où je commence à écrire cette chronique, encore bien remontée contre le méchant Dr H., je reçois ce lien de la part d’Amélie Charcosset, ma coach en écriture, qui m’envoie souvent des références super pertinentes :


La santé d'une femme dépend, beaucoup, des hommes autour d'elle. Carnets du Cabinet. Dre Nour El Iman. Mai 28, 2026



Warning : Messieurs, ça pique un peu au début, mais lisez jusqu’au bout cet article super intéressant et instructif pour les Générations X et antérieures. La Dre Nour El Iman ne tape pas sur les hommes, au contraire, elle nous aide à mieux nous comprendre mutuellement.


Cet article m’a permis de comprendre que le Dr H. me conseille depuis son référentiel, dans lequel il n’y a pas de case préménopause. A l’époque où il a fait ses études de médecine, « la recherche se faisait uniquement sur des corps d’hommes et extrapolait le reste », le programme prévoyait quelques heures sur la ménopause et rien sur la préménopause. Pour le Dr H., c’est donc un non-sujet. Alors il fait avec ce qu’il a sous la main : bouger plus et manger moins. Et si ça ne fonctionne pas, c’est que je ne fais pas assez … ou que je mens.


« A dans six mois, si vous avez envie de me revoir ! » m’a-t-il dit avec humour.


Je doute qu’il ne s’inscrive à une formation continue durant les six prochains mois, je vais donc plutôt me mettre en quête d’un médecin qui a la case préménopause dans son référentiel.


Et pour ancrer mon nouveau super-pouvoir (le sens de la répartie), je vais continuer d’écouter en boucle Katy Perry


Katy Perry – Roar


et m’entrainer à rugir plus fort !!!

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