top of page

La cinquantaine rugissante #8 Le libre arbitre

Dans la chronique " Hasards, coïncidences ou signes", j’évoquais le libre arbitre, une hypothèse sur le sens de la vie qui répond bien à ma soif de liberté.


A l’autre bout du spectre des possibles :



-       le déterminisme : « théorie selon laquelle le passé détermine entièrement le présent et considère la liberté de choisir comme une illusion. » 


ou encore


-       le fatalisme : « doctrine selon laquelle les événements sont prédestinés à se produire, indépendamment de nos choix et actions. » 


deux options nettement moins à mon goût.


Dans « L’Agence », la ténacité de David (Matt Damon) et Elise (Emily Blunt) va leur permettre d’influencer les trajectoires prévues pour eux par le Plan en déjouant les embûches que l’Agence met sur leur route et de contredire la terrible sentence : « on n’échappe pas à son destin ».


« The adjustment bureau » (L’Agence), 2011, de George Nolfi :  https://www.youtube.com/watch?v=kb4QLbRN60M 


Je l’ai regardé je ne sais combien de fois et je ne m’en lasse pas. Bon d’accord, je trouve Matt très beau, mais c’est aussi parce que ça me rassure de me rappeler de temps en temps que d’autres personnes partagent mes croyances.


Parce que le hic avec les questions existentielles, c’est que pour espérer avoir des réponses, on n’a pas d’autre choix que d’attendre d’éventuelles découvertes scientifiques ou, comme le suggérait ma chère grand-mère, d’arriver au Paradis. A l’époque, j’imaginais St-Pierre dans l’encadrement d’une immense porte en bois (juste un cadre sans la porte), sur un nuage moelleux, un grand livre dans les mains, prêt à lever pour moi tous les mystères de l’Univers. Ça me paraissait bien loin.


En attendant ce jour, qui se rapproche somme toute bien assez vite, je compose avec l’incertitude en oscillant entre le libre arbitre et le fatalisme :


-       quand rien ne va comme je veux malgré tous mes efforts : c’est une force supérieure, Dieu, le destin, l’Agence ou un mauvais karma qui me met les bâtons dans les roues,

-       quand mes actions génèrent les résultats attendus : entendre que j’ai de la chance m’hérisse le poil.  


Lors d’une leçon de catéchisme, j’avais 8 ou 9 ans, l’Abbé Allaz (ça ne s’invente pas) avait dessiné à la craie deux chemins qui allaient de bas en haut du tableau noir. Le premier était droit et large, genre autoroute, et le deuxième, étroit et sinueux, genre plein de nids de poule. Le second croisait parfois le premier mais il s’en écartait le plus souvent, prenant trois fois plus de temps pour atteindre l’objectif. Nous avions devant nos yeux ébahis les deux façons de vivre la vie qui s’ouvrait devant nous. Aucun doute possible sur l’option recommandée, mais au moins, on avait le choix. Et ça, mon petit cerveau en ébullition pressentait que c’était une super nouvelle.


Avec le recul, je comprends que ce qui m’avait plu dans l’option « sentier bucolique » : le droit de prendre son temps et celui de se tromper. C’est celui que j’ai emprunté, la plupart du temps. Mais par moments, je me suis aussi retrouvée coincée sur des autoroutes embouteillées. Un jour, un ami clairvoyant et un peu sorcier - qui se reconnaîtra - a comparé ma vie à une Ferrari qui se trainait à 50 km/heure sur la bande d’arrêt d’urgence. Le genre de commentaire qui pique un peu mais qui permet de retrouver le nord plus rapidement.


C. G. Jung appelle « processus d’individuation » ce chemin que l’on prend vers le milieu de notre vie pour « rentrer chez soi », après s’être écarté de sa vraie nature au fil des ans et des (sur-) adaptations à notre environnement. Ces écarts qui provoquent la « midlife crisis » ou crise de milieu de vie.


Comme celle de l’adolescence, cette crise passe plus ou moins inaperçue selon les personnes. Comme la ménopause, elle passe plus ou moins inaperçue selon les femmes. Lorsqu’elles se superposent, il y a peu de chance de les rater.


Comment en arrive-t-on à vivre une vie qui ne nous ressemble pas ? Qu’est-ce qui nous empêche de profiter pleinement de notre libre arbitre ?


De nombreuses sources estiment qu’on prend en moyenne 35'000 décisions par jour. En 55 ans, ça fait près de 700 millions de choix …


Lorsque je jette un coup d’œil dans le rétroviseur, il y a des options que je suis soulagé-es d’avoir évitées, d’autres que je suis ravi-es d’avoir choisies et quelques-unes que je regrette de ne pas avoir tentées. En observant ces carrefours, je réalise sans surprise que pour les choix qui se sont avérés positifs j’avais écouté mon intuition et pour ceux qui génèrent encore des regrets, je me suis laissé guider par la peur.


La peur d’échouer, de réussir, de se faire remarquer, du jugement, des critiques, des jalousies, du rejet, des moqueries, de se tromper, de regretter, du râteau, d’avoir mal, d’avoir honte, d’avoir peur, de ne pas être à la hauteur, de décevoir …


Quelle que soit sa forme, la peur est définitivement une mauvaise conseillère. Elle est aussi souvent liée au regard des autres.  


Et si « le regard des autres » était l’outil secret de l’Agence pour nous empêcher de nous écarter du Plan ? Machiavélique … et diablement efficace !


Pour que la cinquantaine continue de rugir et éviter de sombrer dans une crise existentielle, rien de tel que de ressortir sa bucket list, piocher un rêve laissé en plan depuis trop longtemps et se foutre du regard des autres.


Qui n’a pas dans son entourage un gars sympa, sans histoire, au style plutôt discret, qui débarque un jour méconnaissable au guidon d’une puissante bécane, blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos, bandana rouge autour du cou, bracelets de force aux deux poignets ?


Et si au lieu de se moquer : « T’as vu, Machin fait sa crise de la cinquantaine ! » on se disait : « T’as vu, Machin est en train de réaliser son rêve d’enfant ! » ?


Le mari d’Axelle * fait sa crise en la quittant pour une femme de la moitié de son âge. Pas sûre que cela faisait partie de ses rêves d’enfant mais c’est le seul moyen qu’il trouve pour échapper à sa vie devenue trop petite. La veille de son cinquantième anniversaire Axelle se trouve face à deux options : partir ou se battre pour le reconquérir.


Et vous ? Quelle envie allez-vous piocher dans votre bucket list pour la réaliser cette année ?!

____________

 

* Pour les lecteur-ices qui prennent les chroniques de la cinquantaine en cours de route, Axelle est le personnage principal d’un roman en cours d’écriture, dont certaines thématiques sont explorées ici.

Commentaires


bottom of page