La cinquantaine rugissante #9 Le sens de la vie
- sandrine devaud
- 29 mai
- 3 min de lecture

Ce midi, alors que je mange ma salade poulet-œufs-lentilles * en rêvassant à l’ombre d’un chêne dans le parc de mon quartier, le souvenir de la discussion de dimanche avec mon amie Danielle remonte à la surface de ma mémoire (ouf ! quelques-uns de mes neurones communiquent encore entre eux en cette période de disette hormonale).
Avec Danielle, on parle beaucoup, de tout.
Parfois c’est léger comme un porte-monnaie après une journée de shopping, parfois c’est sérieux, important, existentiel.
Dimanche, c’était : le sens de la vie.
Est-ce que la vie a un sens ? Est-on sensé lui donner un sens ? Nous fixer un ou deux objectifs ? Est-ce qu’une mission secrète nous a été confiée avant notre naissance ? Le but serait-il alors 1° de la deviner et 2° de la réaliser ? Ou alors est-ce qu’on peut donner à notre vie tous les sens qu’on veut, parce que la seule règle du jeu c’est le libre arbitre ?
Je poursuis cette réflexion en solo, sous mon arbre, en mastiquant ma salade (qui mérite ce nom grâce à la présence de quelques feuilles vertes, cachées sous l’amas de protéines).
L’idée d’une mission secrète est assez excitante (petite, je rêvais de faire partie du Club des Cinq) mais quel stress à l’idée d’échouer … Quant à l’idée d’une totale liberté, elle est plutôt grisante … mais quel stress à l’idée de ne pas faire le bon choix !
Et si le vrai problème c’était juste cette injonction : réussir sa vie.
Qu’est-ce qui fera qu’au moment de la quitter on se dira : « Ah ben c’était bien sympa ce p’tit passage sur Terre, je suis fier/e de moi, j’ai bien réussi ma vie. » ?
Un travail épanouissant ? Un mariage qui dure longtemps-longtemps ? Une carrière brillante ? Un exploit sportif ? Militer pour une cause ? Des enfants qui à leur tour réussissent leur vie ? Sauver des tortues en Nouvelle-Calédonie ? Un équilibre entre travail et vie privée ? L’accès à la propriété ? Une belle montre au poignet ?
Quelques mots en tigrinya (il me semble) d’un papa à sa fille, tout près de moi, me tirent de mes réflexions, aussitôt remplacées par cette pensée : « Quel luxe de pouvoir me prendre la tête avec ce genre de questions ».
Cette pensée, qui aurait pu être culpabilisante, me ramène juste dans l’instant présent :
- une légère bise ** qui transforme les 28 degrés annoncés par Météo Suisse en une température parfaite où le corps n’a besoin ni de frissonner, ni de transpirer (et ça, en pré-ménopause c’est cadeau),
- mes pieds nus qui, pour la 1ère fois de la saison, sondent le moelleux du gazon,
- le joyeux brouhaha, de l’autre côté de mon arbre, d’où s’échappent des « en vrai » à tous bouts de phrases,
- le « poc » sourd du cuir shooté par le papa,
- le rire aigu du fiston qui court à sa rencontre, surexcité, la tête baissée et les bras qui moulinent en arrière,
- le pépiement des moineaux,
- le bébé Jack Russel qui trottine à côté de son maître, se jette à plat ventre tous les un mètre dix, langue pendante, avec l’espoir d’une petite pause, comprend que c’est pas le moment, se relève, retrottine,
- l’atterrissage parfaitement synchronisé de deux pigeons côte à côte à côté d’une dame qui partage son sandwich,
- des paillettes qui scintillent sur la casquette (je veux la même) d’une mini-princesse,
- les cris stridents de joyeuses frayeurs du côté de la tyrolienne,
- la parade des deux pigeons, propulsés par les à-coups de leur cou, qui repartent rassasiés.
La douceur d’un instant suspendu, qui même si je ne trouve jamais le sens de ma vie me fera dire, j’en suis sûre, au moment de la quitter :
« Mais quoi ?! C’est déjà fini ?! ».
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* ça fait beaucoup de protéines pour une “salade”, je vous l’accorde … ordre du médecin pour éviter que le gras ne gagne définitivement la bataille en cette période apocalyptique de périménopause.
** pour les lecteur-ices non suisses, il ne manque pas d’R à ce courant froid et sec de secteur nord-est qui traverse la Suisse romande.




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