La cinquantaine rugissante #5 Satanée (pré-)ménopause
- sandrine devaud
- 5 févr.
- 5 min de lecture

Impossible de parler de la cinquantaine sans aborder le sujet de la ménopause !
Âmes masculines sensibles, voici 2 bonnes raisons de ne pas abandonner toute de suite la lecture :
a) j’ai édulcoré les passages trop sanglants,
b) votre compagne sera ravie, le jour où, que vous vous intéressiez à la question.
Pour que les personnes non-concernées par les joies de cette période (il y a aussi des femmes, quelques veinardes pour qui la transition passe comme une lettre à la poste) puissent se faire une idée : petit exercice de visualisation.
Installez-vous confortablement et prenez trois bonnes inspirations par le nez, puis expirez lentement par la bouche…
Imaginez-vous dans un contexte professionnel. Au hasard : en train d’animer une formation. Vous avez devant vous une petite poignée d’adultes de tous âges, que vous ne connaissez pas encore. C’est leur premier jour dans votre cours sur la gestion des émotions, un sujet que vous maîtrisez sur le bout des doigts pour l’avoir étudié, mis en forme et animé des dizaines de fois déjà. Les participants boivent vos paroles, dans l’attente des précieux outils qui leur permettront de mettre un peu de zénitude dans leurs tempêtes émotionnelles. Public acquis, zone de confort, zéro stress.
Et soudain, au milieu d’une phrase, vous sentez qu’il se passe un truc anormal. « C’est moi ou tous les radiateurs viennent d’être poussés à fond ? » Personne ne bronche. C’est donc à l’intérieur de vous que ça se passe. Heureusement, votre hypothalamus, sur le pied de guerre, transmet illico l’info qui déclenche l’ouverture du système de refroidissement. Vos lunettes commencent alors à dévaler sans relâche la pente de votre nez et les pointes de vos cheveux à ruisseler dans votre nuque et votre décolleté. Votre chemisier pourtant ample et léger vous colle à la peau, vous auriez envie de l’arracher. Les vagues se succèdent pendant une éternité. En réalité, une à deux minutes à peine. Juste assez pour vous donner l’air de les avoir prises en pleine face (les dites vagues). Mais vous, vous continuez à sourire et à développer votre sujet, sans (trop) perdre le fil. Stoïque. Comme si de rien n’était.
Oui, comme si de rien n’était, parce qu’en 2026 encore, cette non-maladie, qui ne dénombre pas moins de 34 symptômes potentiels, est encore un non-sujet.
L’année dernière, lors d’une conférence, la Dresse C. Waeber-Stephan a demandé à un gynécologue présent dans la salle s’il connaissait la raison pour laquelle la ménopause était encore si peu étudiée dans le cursus de médecine. Réponse : « Parce que les femmes sont trop compliquées ». Joli lapsus, relevé gentiment par sa voisine : « Vous voulez dire trop complexes j’imagine ? ». La conférencière, endocrinologue réputée, a confirmé que le système hormonal en général et celui des femmes en particulier est extrêmement complexe et qu’il n’a pas encore dévoilé tous ses mystères. Mais pour que le fameux voile se lève un jour, il faudrait peut-être que quelqu’un s’y mettre, non ?
En préménopause depuis plus de dix ans (je vais finir dans le Guinness Book), j’ai eu le temps de chercher des réponses à mes innombrables questions. Mais que ce soient auprès de médecins, de nutritionnistes, d’acuponcteurs ou d’autres naturopathes, j’ai toujours reçu les mêmes réponses évasives :
- Est-ce qu’il y a quelque chose à faire pour diminuer les symptômes ?
- Pas vraiment …
- Mais les règles hémorragiques, il y a bien un moyen de les arrêter ou au moins de les freiner, non ?
- Oui, on peut vous enlever la matrice.
- Ah … Rien de moins radical ?
- Pas vraiment …
- Et pour les autres symptômes, c’est bien de prendre des hormones ?
- Oui et non …
La seule chose sur laquelle ils s’accordent tous, et qui n’a pourtant rien de scientifique : une femme est ménopausée dès qu’elle n’a plus eu ses règles depuis un an.
- Ah, super ! Et ensuite, les symptômes continuent pendant combien de temps?
- Ça dépend …
J’ai bien compris que le sujet est très complexe, mais sérieusement, c’est tout ? Est-ce que ça ne se battrait pas un peu plus pour le Nobel si c’étaient les hommes qui souffraient de cette non-maladie aux 34 potentiels symptômes ? Dont certains sont malaisants (une tache rouge au milieu des fesses, au milieu d’une présentation Powerpoint devant les collègues) et douloureux (mais ça, depuis la puberté, on a eu plus de 450 cycles pour apprendre à serrer les dents).
Saviez-vous que jusqu’à la fin des années 80 (oui, oui, celles qu’on a connues, au XXe siècle), le corps féminin était considéré par la médecine comme une variante plus petite du corps masculin ?
Trop chou, non ? Et puis tellement logique vu que la première d’entre nous est sortie d’une des côtes d’Adam.
En fait, depuis que le Dr. Charles de Gardanne a utilisé pour la première fois le mot ménopause, en 1816, le sujet n’a plus intéressé grand monde. A l’époque, l’espérance de vie des femmes était de 43 ans. Celles qui atteignaient l’âge de la ménopause (situé entre 45 et 55 ans en ce temps-là déjà) étaient rares et comme elles présentaient des symptômes un peu étranges, on les diagnostiquait « en phase critique de décrépitude ».
Aujourd’hui, la ménopause intervient toujours autour de la cinquantaine, mais l’espérance de vie a presque doublé. Je vous laisse évaluer le nombre d’années de décrépitude.
Parce que si à la ménopause les règles s’arrêtent (youpi !) c’est parce que la production des hormones féminines aussi. Et ça, c’est moins cool. Ça nous donne l’air tout décrépites et ça génère des nouveaux risques pour notre santé (ostéoporose, diabète de type 2, accidents cardio-vasculaires, etc).
Bon, j’arrête d’étaler ma science fraîchement acquise. Mais je suis tellement contente d’avoir – enfin ! – trouvé des infos utiles et sérieuses sur le sujet, que j’ai du mal à m’en empêcher. Allez, je vous partage encore juste cette vidéo avec le Dr Michel Mouly, gynéco-chirurgien-cancérologue :
Pour le moment, ces nouvelles connaissances ne changent pas grand-chose à mes symptômes, mais le fait de comprendre ce qui m’arrive calme - en partie - mon anxiété chronique et surtout, surtout :
ça fait tellement du bien de savoir qu’il y a 1 autre personne que moi sur cette planète qui ne s’en fout pas !!!
Merci Dr Mouly ! J’avais juste besoin d’entendre que ce n’est pas « rien ». Je n’ai pas besoin qu’on me plaigne. Je suis bien consciente que beaucoup de personnes vivent des choses beaucoup plus graves et bien plus difficiles à gérer au quotidien.
D’ailleurs, pris séparément, la plupart des symptômes sont plus mélo que dramatiques :
- la nouvelle collègue à qui je demande pour la troisième fois son prénom va penser que je ne la calcule pas, mais on va finir par en rire autour d’un apéro,
- les kilos qui s’accumulent autour de ma taille peuvent aisément être masqués par des hauts amples et fluides (merci Cristina Córdula),
- les nuits d’insomnie me permettent de rattraper le retard dans mes lectures,
- porter des pantalons noirs en pleine canicule me rappelle mon adolescence, période bénie où toutes autres couleurs étaient bannies de ma garde-robe, et réveille la rebelle qui sommeille en moi.
Rien d’insurmontable donc, dans cette satanée (pré-)ménopause !
Juste pas rien.
Merci Dr Mouly.




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